Au district des Attakapas chacun choisit sa vacherie (Saint-Martinville)

La ville de Saint-Martinville est le siège de la paroisse de Saint-Martin (Louisiane), le long du bayou Tèche, au cœur du pays cadien. Dans la partie nord de la ville se trouve le site historique Longfellow-Évangéline, qui raconte l’histoire multiculturelle des habitants du bayou et de sa région. Il s’inspire bien entendu du fameux récit épique “Évangéline” du poète américain Henry Longfellow, qui retrace la longue errance des réfugiés acadiens déportés de Nouvelle-Écosse en 1755.

Dans le poème original, l’héroïne Évangéline retrouve Basile, le père de son fiancé Gabriel, sur les bords du bayou Tèche. Basile se tient fièrement sur son cheval mexicain, contemplant en maître ses innombrables troupeaux de bovins. Cet extrait du poème illustre à merveille le rêve de richesse à portée de main dans ces vastes prairies où paissent les troupeaux sauvages dont chacun peut être le maître. Mais la ferme acadienne n’est pas un ranch d’élevage et en 1765, au district des Attakapas, chacun choisissait sa vacherie. Voici pourquoi…

Chacun choisit sa vacherie

C’est probablement dans les années 1750 que les autorités françaises établirent le poste des Attakapas (aujourd’hui Saint-Martinville) comme siège du district des Attakapas. Celui-ci couvrait le vaste territoire des Amérindiens de même nom qui vivaient à l’ouest du bayou Tèche et dans le sud-est du Texas. Il s’agissait surtout de contrôler les prairies ouvertes qui semblaient idéales pour élever du bétail et approvisionner en viande La Nouvelle-Orléans. Au début de 1765, le premier groupe important de réfugiés acadiens (plus de 200) arriva en Louisiane. Les autorités françaises étaient encore en charge de la colonie, en attendant l’arrivée effective d’un gouverneur espagnol. Le besoin de viande était vital pour la colonie et les Acadiens réputés bons éleveurs. Elles les dirigèrent donc tout naturellement vers le poste des Attakapas. Mais rien ne se passa comme prévu…

Bovins Longhorn (photo http://naturallonghornleanbeef.com)

La région n’était alors occupée que par une poignée d’éleveurs français et flamands dont le plus riche d’entre eux possédait plusieurs milliers de têtes de bétail. Un arrangement fut proposé aux Acadiens pour qu’ils gardent le bétail de celui-ci et cultivent des terres en dehors de leur village. Mais les fiers Acadiens choisirent de vivre plus au sud, à Fausse Pointe (aujourd’hui Loreauville), sur des terres qu’ils cultiveraient, comme en Acadie. Certains achetèrent quelques têtes de bétail qu’ils élèveraient à la ferme. Leur rêve d’une nouvelle Acadie était bien loin du modèle de vacherie de… l’éleveur Basile.